Chapitre 7 sur 8

Montrer plutôt qu’expliquer

“Montrer plutôt qu’expliquer” est l’une des règles les plus connues en écriture. Elle peut être très utile, mais elle est parfois mal comprise. Elle ne veut pas dire qu’il ne faut jamais expliquer. Elle ne veut pas dire que les personnages ne doivent jamais parler. Elle ne veut pas dire qu’un scénario doit être uniquement visuel ou qu’une pièce de théâtre doit renoncer aux idées. Elle veut dire que l’émotion et le sens sont souvent plus forts quand ils passent par des actions concrètes.

Expliquer, c’est dire au spectateur ce qu’il doit comprendre. Montrer, c’est lui permettre de le comprendre en observant.

Dire : “Il est très seul” est une information.

Montrer qu’il met deux assiettes par habitude puis en range une, c’est une situation.

Dire : “Elle ne fait pas confiance à son frère” est une explication.

Montrer qu’elle garde les clés dans sa poche même quand il tend la main, c’est une action.

Dire : “Il a honte de son père” est une idée.

Montrer qu’il baisse la voix quand quelqu’un demande le métier de son père, c’est un comportement.

Le spectateur aime participer. Quand il comprend par lui-même, il s’engage davantage. L’image, le geste, l’objet, le silence, le choix concret créent souvent une émotion plus durable qu’une phrase explicative.

Au théâtre, “montrer” ne veut pas dire faire du cinéma sur scène. Le théâtre montre par la présence, l’espace, le corps, la parole en situation. Une chaise que personne n’ose occuper peut montrer une absence. Un personnage qui reste debout pendant tout un repas peut montrer son impossibilité d’appartenir au groupe. Une porte que l’on regarde sans l’ouvrir peut porter tout un conflit.

Dans un scénario, montrer est souvent lié à l’action visible. Si un personnage est jaloux, que fait-il ? Il lit un message en cachette, corrige un détail dans la tenue de l’autre, sourit trop fort, pose une question apparemment innocente, regarde la main de l’autre sur l’épaule de quelqu’un. Le comportement raconte.

Il faut faire attention aux émotions nommées. Les phrases comme “elle est triste”, “il est furieux”, “il se sent coupable” sont utiles dans une note de travail, mais elles peuvent être faibles dans l’écriture d’une scène si elles ne sont pas incarnées. Comment la tristesse agit-elle ? Est-ce qu’elle ralentit ? Est-ce qu’elle rend agressif ? Est-ce qu’elle fait ranger la cuisine à trois heures du matin ?

Une même émotion peut produire des comportements opposés selon les personnages. La colère peut faire crier, se taire, sourire, ranger, détruire, séduire, devenir très poli. C’est le choix du comportement qui rend le personnage spécifique.

Montrer plutôt qu’expliquer est particulièrement important pour le passé. Beaucoup de scènes débutantes contiennent des personnages qui racontent leur histoire au lieu de la

laisser apparaître. Il peut être nécessaire de raconter certains faits, mais il faut chercher quand le passé peut agir dans le présent.

Au lieu de faire dire : “Depuis que tu es partie, j’ai dû m’occuper de papa toute seule”, on peut montrer une sœur qui connaît tous les médicaments, toutes les factures, tous les voisins, pendant que l’autre ne sait même pas où se trouve la salle de bain rénovée. Le passé est visible dans l’écart de connaissance.

L’objet est un outil puissant pour montrer. Une lettre, une clé, un manteau, une photo, un costume, un téléphone, un plat, une chaise, une valise peuvent condenser une relation. L’objet permet d’éviter les grandes explications parce qu’il donne aux personnages quelque chose à faire.

Par exemple, deux personnages peuvent parler d’une tasse cassée alors que le vrai sujet est la séparation. La tasse devient un support de conflit. Qui l’a gardée ? Qui l’a cassée ? Qui essaie de la réparer ? Qui la jette ?

Mais il faut aussi se méfier d’une application trop rigide de la règle. Certaines histoires ont besoin d’explication. Certains personnages parlent pour analyser, témoigner, transmettre, accuser, raconter. Le théâtre, en particulier, peut donner une force immense à la parole directe, au récit, au monologue, à l’adresse au public. “Montrer” n’est pas toujours supérieur à “dire”.

La vraie question est : pourquoi cette information passe-t-elle par cette forme ?

Si un personnage raconte un événement parce que l’auteur ne sait pas comment l’intégrer, la scène peut devenir lourde. Si le récit lui-même est une action — avouer, manipuler, séduire, se justifier, témoigner, prendre le pouvoir — alors la parole devient dramatique.

Un monologue peut être très théâtral s’il ne se contente pas d’expliquer. Il peut être un combat contre soi-même, une tentative de convaincre le public, une confession mensongère, une performance, une fuite, une arme. La parole montre alors le personnage en train d’agir.

Il faut également distinguer expliquer au spectateur et clarifier pour soi. Dans les notes de préparation, on peut écrire très clairement : “Elle se sent abandonnée.” Mais dans la scène, on cherche comment cet abandon se manifeste. La note est utile, la scène doit l’incarner.

Un exercice simple consiste à prendre une phrase abstraite et à trouver trois actions concrètes.

Phrase : “Il veut être respecté.”

● Il corrige la manière dont on prononce son nom. ● Il refuse de s’asseoir sur la chaise qu’on lui propose. ● Il paie l’addition trop vite pour montrer qu’il contrôle la situation.

Phrase : “Elle a peur d’être remplacée.”

● Elle vérifie qui a été invité au dîner. ● Elle rit trop fort aux blagues de son ancien partenaire. ● Elle déplace discrètement la photo de la nouvelle compagne.

Ces actions ne sont pas seulement décoratives. Elles deviennent des moyens d’écrire le personnage.

Comprendre cette règle permet ensuite de la briser. On peut écrire une scène où un personnage explique tout, mais si cette explication devient une prise de pouvoir, une confession, une manipulation ou une explosion, elle fonctionne. On peut écrire une pièce très verbale, mais la parole doit être active. On peut écrire un scénario silencieux, mais les images doivent porter le conflit.

Montrer plutôt qu’expliquer n’est donc pas une interdiction de dire. C’est une invitation à incarner.

À retenir : montrer plutôt qu’expliquer signifie transformer les idées, émotions et informations en actions, comportements, objets, silences ou paroles actives. La règle n’interdit pas l’explication, mais elle rappelle qu’une information est plus forte quand elle agit dans la scène.

Questions fréquentes

Que veut dire montrer plutôt qu’expliquer ?
Cela signifie faire comprendre une émotion ou une information par l’action, le comportement, l’image, le dialogue en tension ou le silence, plutôt que par une explication directe.
Comment montrer une émotion dans une scène ?
Il faut chercher ce que l’émotion fait faire au personnage. La colère, la honte ou la peur peuvent produire des gestes, des choix, des silences ou des paroles indirectes.
Est-ce interdit d’expliquer dans un scénario ?
Non. Certaines explications sont nécessaires. Mais elles fonctionnent mieux si elles deviennent une action dramatique : avouer, convaincre, mentir, accuser, témoigner.
Comment montrer le passé d’un personnage ?
On peut montrer comment le passé agit dans le présent : objets gardés, habitudes, tensions, connaissances inégales, sujets évités, réactions disproportionnées.