Chapitre 5 sur 8
Écrire des didascalies utiles
Les didascalies sont les indications écrites en dehors des répliques. Elles peuvent préciser un lieu, une action, un silence, une entrée, une sortie, un geste, une ambiance, un rapport au temps, parfois une intention. Elles sont importantes, mais elles posent souvent problème aux auteurs débutants.
Certains écrivent trop peu de didascalies. Le texte devient difficile à imaginer. On ne sait pas où sont les personnages, qui entre, qui sort, ce qui se passe entre les répliques. D’autres en écrivent trop. Ils décrivent chaque mouvement, chaque intonation, chaque émotion, chaque intention, comme s’ils voulaient contrôler la mise en scène et le jeu des acteurs.
Une didascalie utile donne une information nécessaire à la lecture ou à l’action. Elle ne doit pas forcément tout décrire. Elle doit aider à comprendre ce qui se joue.
Il faut distinguer plusieurs types de didascalies.
La didascalie de lieu : elle situe l’espace. Par exemple : “Une cuisine trop grande pour deux personnes.” Cette indication donne plus qu’un lieu. Elle suggère une solitude, un décalage.
La didascalie d’action : elle indique ce qui se passe concrètement. “Elle cache la lettre dans sa poche.” Cette action est importante parce qu’elle modifie la scène.
La didascalie d’entrée ou de sortie : elle précise les mouvements essentiels. “Paul entre, trempé.” “Maya sort avant qu’on lui réponde.” Ces indications peuvent porter une tension.
La didascalie de silence ou de temps : “Un silence.” “Long temps.” Mais il faut l’utiliser avec précision. Un silence doit être chargé par la scène.
La didascalie d’ambiance : elle peut créer une tonalité. Mais elle doit rester ouverte. “La pièce semble avoir été rangée trop vite” est plus dramatique que “ambiance triste”.
La didascalie d’intention est la plus délicate. Écrire “furieuse”, “triste”, “gêné”, “avec amour” peut parfois aider, mais cela peut aussi réduire le jeu. Les acteurs et metteurs en scène doivent pouvoir interpréter. Il vaut souvent mieux indiquer une action qu’une émotion.
Au lieu de : “Elle est bouleversée.”
On peut écrire : “Elle replie la lettre avec un soin excessif.”
L’action laisse plus de place et donne quelque chose à jouer.
Les didascalies doivent éviter de répéter ce que le dialogue dit déjà. Si un personnage dit “je pars” et que la didascalie ajoute “il part”, ce n’est utile que si le départ a une manière particulière. Sinon, on alourdit.
Elles doivent aussi éviter de décrire ce qui ne peut pas être vu ou joué. “Il pense à son enfance” n’est pas une action scénique, sauf si la mise en scène trouve un moyen de le traduire. Dans un texte dramatique, il vaut mieux écrire ce qui se manifeste : “Il s’arrête devant la valise de son père.” Le lecteur peut sentir la pensée sans qu’elle soit nommée.
Une bonne didascalie fait confiance aux artistes qui monteront le texte. Elle propose, elle indique ce qui est nécessaire, mais elle ne verrouille pas tout. Le théâtre est un art collectif. L’auteur n’a pas besoin de décider chaque regard, chaque pause, chaque déplacement, sauf si cela est essentiel au sens.
Cela ne veut pas dire qu’il faut être vague. Certaines écritures demandent des didascalies très précises. Un geste, une position, une durée peuvent être indispensables. Une pièce peut même avoir une écriture scénique très forte, où les didascalies sont presque aussi importantes que les répliques. C’est un choix possible.
La question est toujours : cette précision sert-elle la pièce ?
Si une didascalie impose une émotion que la scène devrait faire sentir, elle est peut-être faible. Si elle indique une action sans laquelle la scène ne se comprend pas, elle est nécessaire. Si elle crée un imaginaire, un rythme, une étrangeté, elle peut être littéraire et scénique à la fois.
Il faut aussi penser à la lisibilité. Un texte de théâtre doit pouvoir être lu par des acteurs, metteurs en scène, lecteurs, jurys, producteurs, programmateurs. Des didascalies trop longues peuvent casser le rythme de lecture. Des didascalies trop rares peuvent rendre la scène floue. Il faut trouver l’équilibre.
Une didascalie d’ouverture peut être plus développée, pour installer le monde. Ensuite, les indications peuvent devenir plus économiques. Mais ce n’est pas une règle absolue.
Exemple de didascalie trop contrôlante :
“Julie, très triste mais essayant de cacher sa douleur par une colère froide, se lève lentement, regarde Paul avec intensité, puis prend la tasse de la main droite avant de la poser avec nervosité.”
“Julie se lève. Elle prend la tasse de Paul et la pose hors de sa portée.”
La deuxième version donne une action claire, un rapport de pouvoir, une tension. Elle laisse l’émotion à jouer.
Il faut aussi éviter de transformer les didascalies en roman. Une belle prose peut être agréable, mais si elle décrit des choses impossibles à percevoir sur scène, elle risque de détourner le texte de sa destination. Cela dit, certaines pièces assument des didascalies littéraires, poétiques, impossibles, presque comme une voix d’auteur. Là encore, c’est un choix. Il faut savoir ce que cela produit.
Comprendre les didascalies, c’est comprendre leur rôle : rendre la scène lisible, donner des actions nécessaires, ouvrir un imaginaire, guider sans étouffer.
Questions fréquentes
- Qu’est-ce qu’une didascalie ?
- Une didascalie est une indication écrite hors dialogue dans une pièce de théâtre. Elle peut préciser le lieu, une action, une entrée, une sortie, un silence ou un élément scénique.
- Comment écrire une bonne didascalie ?
- Une bonne didascalie donne une information utile et jouable. Elle aide à comprendre l’action sans imposer inutilement chaque émotion ou chaque intention.
- Faut-il décrire les émotions dans les didascalies ?
- Parfois, mais il vaut souvent mieux indiquer une action visible. Au lieu d’écrire “elle est triste”, on peut montrer ce que la tristesse lui fait faire.
- Les didascalies peuvent-elles être poétiques ?
- Oui, si cela sert l’univers de la pièce. Mais il faut rester attentif à leur fonction scénique et à la lisibilité du texte.