Chapitre 6 sur 8
Choisir à qui envoyer son texte
Une fois le texte préparé, se pose une question difficile : à qui l’envoyer ? Beaucoup d’auteurs veulent envoyer largement, à toutes les adresses trouvées, dans l’espoir qu’une porte s’ouvre. C’est compréhensible. Mais un envoi sans stratégie peut fatiguer, décevoir ou donner peu de résultats. Il vaut mieux cibler.
Choisir un destinataire, c’est d’abord comprendre ce que l’on cherche. Un retour ? Une production ? Une mise en lecture ? Une résidence ? Un concours ? Une collaboration ? Un accompagnement ? Une rencontre ? Le même texte peut être envoyé différemment selon l’objectif.
Si l’on cherche un retour artistique, il vaut mieux choisir des personnes capables de lire avec précision : auteurs, dramaturges, lecteurs, acteurs, réalisateurs, amis exigeants, groupes de travail. Il faut éviter de demander à quelqu’un un retour profond s’il n’a ni le temps, ni l’envie, ni la compétence pour le faire.
Si l’on cherche une compagnie de théâtre, il faut regarder ce qu’elle monte. Est-ce qu’elle travaille des écritures contemporaines ? Des textes très dialogués ? Des formes documentaires ? Des jeunes auteurs ? Des dispositifs collectifs ? Envoyer une pièce très intime à une compagnie qui ne monte que des formes visuelles sans texte n’est peut-être pas la meilleure stratégie.
Si l’on cherche un producteur audiovisuel, il faut également regarder sa ligne éditoriale. Produit-il des courts-métrages ? Des séries ? Des longs-métrages ? Quel genre ? Quel ton ? Envoyer un thriller fantastique à une structure qui ne développe que des comédies familiales risque de produire un refus sans rapport avec la qualité du texte.
Si l’on répond à un appel à projets, il faut lire attentivement les consignes. Format demandé, nombre de pages, documents requis, date limite, anonymat éventuel, thème imposé, conditions d’éligibilité. Beaucoup de dossiers sont affaiblis par simple non-respect des consignes.
Il faut aussi préparer un message d’accompagnement. Ce message doit être court, clair, respectueux. Il présente le projet, la raison de l’envoi, les documents joints, éventuellement pourquoi l’on s’adresse à cette personne ou structure. Il ne doit pas être un long plaidoyer.
● une salutation simple ; ● une phrase sur le projet ; ● une phrase sur la raison de l’envoi ; ● la liste des pièces jointes ; ● une formule de remerciement.
Il faut éviter les messages trop vagues : “Bonjour, voici mon texte, dites-moi ce que vous en pensez.” Il vaut mieux contextualiser.
Il faut aussi éviter les messages trop désespérés ou auto-dévalorisants : “Je sais que vous n’aurez sûrement pas le temps et que ce n’est pas très bon...” Ce type de phrase met le lecteur dans une position inconfortable. Présenter son texte ne demande pas de se vanter, mais il faut l’assumer.
À l’inverse, il faut éviter la survente : “Vous allez découvrir une œuvre totalement révolutionnaire.” Le projet doit donner envie par sa clarté, pas par des adjectifs excessifs.
Il est utile de tenir une liste des envois : date, destinataire, version envoyée, documents joints, réponse éventuelle, délai. Cela évite d’envoyer deux fois la même chose à la même personne, ou d’oublier quelle version a circulé.
Il faut accepter les délais. Beaucoup de personnes lisent lentement, ou ne répondent pas. Ce silence peut être frustrant, mais il ne dit pas toujours quelque chose sur la valeur du texte. Les structures sont souvent débordées. Il faut relancer avec tact si le contexte le permet, mais ne pas harceler.
Il faut également protéger son énergie. Envoyer un texte est émotionnellement coûteux. Chaque refus peut toucher. Il est donc utile de ne pas mettre tout son espoir dans un seul envoi. Un texte peut avoir besoin de temps, de plusieurs lectures, de plusieurs chemins.
La qualité du ciblage compte plus que la quantité. Dix envois bien choisis valent souvent mieux que cent envois indistincts. Cela ne garantit rien, mais cela augmente les chances que le texte soit lu par quelqu’un susceptible de le comprendre.
Comme toujours, il n’y a pas de règle unique. Certains projets trouvent leur chemin par une rencontre informelle, une lecture publique, un atelier, un concours, un réseau, une recommandation. Mais dans tous les cas, il faut être clair, respectueux et préparé.
Envoyer son texte, ce n’est pas mendier une validation. C’est proposer une rencontre professionnelle ou artistique.
Questions fréquentes
- À qui envoyer son scénario ou sa pièce ?
- Cela dépend de l’objectif : lecteurs de confiance, compagnies, producteurs, concours, résidences, groupes de travail, dramaturges ou appels à projets.
- Comment choisir une compagnie ou un producteur ?
- Il faut regarder leur ligne artistique, les projets déjà accompagnés, les genres qu’ils défendent et la cohérence avec votre texte.
- Que mettre dans un mail d’envoi ?
- Un message court : présentation du projet, raison de l’envoi, documents joints, remerciement. Il faut éviter la survente comme l’auto-dévalorisation.
- Faut-il envoyer son texte à beaucoup de monde ?
- Mieux vaut cibler. Des envois bien choisis ont plus de chances d’être lus avec attention qu’un envoi massif non adapté.