Chapitre 8 sur 8

Présenter son texte sans se dévaloriser

Présenter son texte demande une posture difficile : il faut être clair sans se vanter, humble sans s’excuser, ouvert sans se soumettre, confiant sans être fermé. Beaucoup d’auteurs oscillent entre deux extrêmes. Certains se dévalorisent avant même que le lecteur commence : “Ce n’est pas fini”, “Je ne sais pas si c’est bien”, “C’est peut-être nul”. D’autres survendent : “C’est totalement original”, “Vous n’avez jamais lu ça”, “C’est un projet nécessaire”. Dans les deux cas, la relation commence mal.

Présenter son texte, c’est d’abord l’assumer. Pas comme une œuvre parfaite, mais comme un projet qui mérite d’être lu. Si vous l’envoyez, c’est que vous pensez qu’il a une raison d’exister. Il n’est pas nécessaire de s’excuser d’avoir écrit.

L’auto-dévalorisation peut sembler modeste, mais elle met le lecteur dans une position étrange. Avant même de lire, il doit rassurer l’auteur ou dépasser le manque de confiance. Cela peut affaiblir la réception. Il vaut mieux être simple : “Je vous adresse une version de mon texte”, “Je serais heureux d’avoir votre retour”, “Je vous propose ce projet pour lecture”.

La survente pose un autre problème. Elle promet avant que le texte ne parle. Elle peut créer une attente excessive ou donner une impression d’arrogance. Il vaut mieux présenter concrètement le projet : genre, situation, intention, format, état d’avancement.

Une bonne présentation est précise.

“Je vous adresse une pièce en huit tableaux, pour trois interprètes, autour d’une fratrie réunie dans la maison familiale après la mort du père. Le texte travaille le huis clos, la mémoire des objets et la manière dont une famille évite de nommer ce qu’elle sait déjà.”

Cette présentation ne dit pas “c’est bouleversant”. Elle donne une porte d’entrée.

Il faut aussi savoir parler de l’état du texte. Si c’est une version de travail, dites-le. Si c’est une version destinée à lecture professionnelle, dites-le. Si vous cherchez un retour sur certains points, précisez-les. Cela évite les malentendus.

Présenter son texte à l’oral demande encore plus de simplicité. On peut préparer trois niveaux :

● une phrase très courte ; ● un pitch d’une minute ; ● une présentation plus longue si la personne pose des questions.

Il ne faut pas tout raconter immédiatement. Le but est d’ouvrir l’intérêt, pas de vider le projet en cinq minutes.

Il faut également apprendre à parler de son texte sans tout expliquer. Si quelqu’un pose une question, répondre clairement. Mais ne pas noyer le lecteur sous les intentions, les références, les versions précédentes, les justifications. Le texte doit pouvoir respirer.

Les références peuvent être utiles, mais avec prudence. Dire “dans l’esprit de...” peut aider à situer un ton, un genre, un dispositif. Mais trop de références peuvent donner l’impression que le projet existe surtout par comparaison. Il faut revenir à ce qui est propre au texte.

Il faut aussi savoir dire ce que l’on cherche. “Je cherche des retours sur la structure”, “je cherche une lecture à voix haute”, “je cherche à présenter ce projet à une compagnie”, “je cherche un accompagnement pour une V2”. Une demande claire aide l’autre à répondre.

Présenter son texte, c’est aussi accepter que certaines personnes ne soient pas disponibles, intéressées ou adaptées. Un refus n’est pas toujours un jugement esthétique. Il peut venir d’un calendrier, d’une ligne artistique, d’un format, d’un budget, d’une saturation de lectures. Il faut entendre les refus sans en faire une preuve définitive.

Il est important de rester professionnel dans les échanges. Remercier, même en cas de refus. Ne pas argumenter agressivement contre un retour. Ne pas relancer trop souvent. Ne pas envoyer une nouvelle version toutes les semaines sauf si cela a été demandé. Le texte circule mieux quand la relation est respectueuse.

Il faut aussi protéger sa motivation. Présenter un texte expose. Certains retours seront encourageants, d’autres indifférents, d’autres maladroits. Il faut continuer à écrire. Un texte envoyé ne doit pas devenir le seul centre de votre identité d’auteur. Pendant qu’il circule, un autre projet peut commencer, ou une nouvelle version peut se préparer.

Comme toujours, il ne s’agit pas de devenir froid ou stratégique au point de perdre le désir. Présenter un texte peut rester personnel, vivant, passionné. Mais la passion gagne à être structurée. Une phrase claire vaut mieux qu’un long flot inquiet.

La posture juste pourrait être : voici ce que j’ai écrit, voici ce que cela cherche, voici pourquoi je vous l’adresse, voici ce que j’attends éventuellement de cette lecture.

Ni excuse. Ni arrogance. Une proposition.

Questions fréquentes

Comment présenter son texte à quelqu’un ?
Il faut être simple et précis : titre, format, genre ou ton, situation principale, intention, état de la version et raison de l’envoi.
Que faut-il éviter quand on présente son scénario ou sa pièce ?
Il faut éviter de se dévaloriser, de survendre le projet, d’expliquer trop longuement ou de noyer la personne sous les références et justifications.
Comment pitcher son projet à l’oral ?
Il faut préparer une phrase courte, puis une version d’une minute. Le pitch doit donner envie de poser des questions, pas tout raconter immédiatement.
Comment réagir à un refus ?
Il faut rester professionnel, remercier si une réponse a été donnée, ne pas argumenter agressivement et se rappeler qu’un refus peut venir de nombreux facteurs.